Paroisse Sainte Joséphine Bakhita

Paroisse catholique du doyenné de Chinon
Diocèse de Tours

Le Pardon
Par VDARMENDRAIL le 14/04/2018 08:00:00:00, cet article a été lu 36959 fois.



"C’est seulement si nous nous laissons réconcilier dans le Seigneur Jésus avec le Père et avec nos frères que nous pouvons être vraiment dans la paix"

Et cela, nous l’avons tous ressenti dans notre cœur lorsque nous allons nous confesser, avec un poids sur l’âme, un peu de tristesse; et quand nous recevons le pardon de Jésus, nous sommes en paix, avec cette paix de l’âme qui est si belle et que seul Jésus peut donner, lui seul. »

Pape François audience générale, 19 février 2014




LE PARDON

Scanner la tête du curé quand il confesse ?

Samedi 24 mars, journée de la réconciliation de 10h à 17h30.

C’est un genre particulier : les gens défilent les uns à la suite des autres, sans discontinuer. L’un à peine parti, qu’un autre arrive !

Chacun débarque avec son plus important fardeau. Il est porteur d’une attente, d’un désir que j’ignore. Je sais bien qu’ils viennent chercher le pardon de Dieu, mais je ne sais pas ce que cela veut dire pour le nouveau venu.

A peine ai-je enfilé mon aube, que la première personne attend déjà. Pas trop le temps de souffler entre deux.

Je ne suis jamais prêt pour cet exercice... J’aimerais avoir du temps pour prier, pour « digérer » les dernières confidences … mais non : cela défile.

« Pousse-toi de là que je m’y mette ! » semble me dire Dieu.

Le rythme soutenu des passages, le sentiment d’être utilisé, que personne ne semble se soucier si je suis disponible, me rappelle que ce n’est pas moi qui suis en cause. Je suis là comme un serviteur et on se sert de moi.

C’est ce que j’ai voulu le jour de mon ordination : Servir. La réalité de cette journée me rappelle, par-delà la vision idéalisée et romantique, ce que cela veut réellement dire.

Les baptisés comprennent cela intuitivement ; ils défilent sans cesse. Dans ces instants, ce sont eux qui me disent ce que c’est qu’être prêtre ; « tu as voulu servir ? alors sers ! ».

Me revient la phrase de sainte Thérèse de Lisieux : « le Seigneur a eu besoin de moi, comme un balai ; après, il m’a remise derrière la porte… »

Alors, je tente de servir, avec mes humeurs, mes limites, mon péché.

Alors chacun vient et dépose son fardeau, comme dans une consigne. Rien de magique. On ne sort pas de la confession débarrassé. Le poids est le même, mais on le porte à deux. Pauvreté des mots !

 

« Pousse-toi de là que je m’y mette ! ».

Les silences, le souffle, la posture en disent autant que les mots.

Pauvreté des mots du prêtre : « que le Seigneur lui-même t’accorde le pardon et la paix. Et moi, au nom de la mission que l’Église m’a confiée, je te pardonne … ».

 

De mon côté me disposer, créer un espace confident, me creuser, laisser le mystère de l’autre - l’Autre-  prendre toute la place. Etre comme une éponge, laisser cette histoire inconnue, ce péché, cette conscience, cette foi, cette idolâtrie parfois, prendre toute la place.

 

« Pousse-toi de là que je m’y mette ! ».

Que répondre aux confidences ? Le faut-il ? Pauvreté de mes silences...

Ce n’est pas à moi de comprendre, d’analyser.

Le laisser comprendre et proposer une trace, dans la broussaille de la complexité des vies. Ce n’est pas à moi d’être positif.

Le laisser convertir en issue de secours les culs-de-sac du péché.

Dans l’Évangile, Jésus est assailli par la foule et ne rejette pas, ne se protège pas…

Je ne sais pas ce que veut dire « pardonner, aimer plus fort que le péché, que l’offense », Si ce n’est pas Toi, Seigneur qui leur dit, mes mots sont vains.

Alors, c’est bien volontiers que je me pousse pour que tu t’y mettes.

 

En fin de journée, le corps épuisé, l’esprit vidé, une prière surgit : « prends, Seigneur, et reçois : je te rends tout ce que j’ai vu, entendu… Disposes-en selon ta volonté… »